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AVANT-PROPOS

   Babelon Ernest, Cagnat René et alii, Atlas archéologique de la Tunisie

Paris, Editions Ernest Leroux, 1892.


 Edition : Abdelmajid Arrif, Maison méditerranéenne des sciences de l'homme (USR 3125)
Documentation : Sawssen Frey & Khaled el Jomni, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (2016).


 

 

Le service géographique de l'Armée a entrepris de dresser et de publier la carte topographique de la Tunisie au 5o/oooe. Cette œuvre considérable, commencée et poursuivie sous la haute direction de M. le gé­néral Derrécagaix, sous-chef de l'État-Major général, dotera la Régence d'une carte aussi perfectionnée et aussi complète que l'est celle de la France. Sur l'initiative de M. Xavier Charmes, chef du Secrétariat et de la Comptabilité au Ministère de l'instruction publique, la Commission du nord de l'Afrique a songé à utiliser cette carte topographique pour constituer un Atlas archéologique du pays.

M. le général Derrécagaix, avec un empressement dont les archéologues ne sauraient lui être trop recon­naissants, a bien voulu, de son côté, nous prêter son concours en donnant aux brigades topographiques, qui exécutent les travaux sur le terrain, des instructions développées relatives au relevé des ruines de toute sorte qui jonchent le sol de la Tunisie. Pour répondre à ce désir, MM. les Officiers qui font partie de ces brigades ont pris note de toutes les ruines qu'ils rencontraient et consigné dans des rapports, parfois fort développés, des renseignements archéologiques précieux, auxquels ils ont joint, souvent, soit des plans topographiques de villes ou d'édifices, soit des dessins ou des photographies de monuments. Ces rapports, concentrés entre les mains de M. le général Derrécagaix, ont été mis par lui à la disposition de la Commission du nord de l'Afrique.

La Commission a chargé trois de ses membres, MM. Babelon, Cagnat et Reinach, de mettre en œuvre les notes archéologiques de MM. les Officiers, en les complétant par les rapports des missionnaires du Minis­tère de l'instruction publique, les narrations des voyageurs, et tous les renseignements historiques puisés dans les auteurs anciens ou modernes. C'est de ce concours d'efforts et de recherches qu'est formé l'Atlas archéo­logique de la Tunisie.

Voici comment nous avons compris la tâche qui nous est dévolue. Sur la carte, toutes les ruines relevées par MM. les Officiers sont indiquées par un numéro d'ordre à l'encre rouge, accompagné du nom antique de la localité, lorsqu'on le connaît. Quand on ne possède aucun renseignement intéressant sur les ruines signalées dans la carte, ce numéro d'ordre reste la seule indication qui les concerne. Mais si l'on a des données sur un point déterminé, le numéro de la ruine est reporté dans le texte annexé à la carte, et sous ce numéro on trouve, brièvement consignées, les indications que nous avons pu recueillir.

Conformément au désir de la Commission, le texte qui accompagnera chaque feuille de la carte sera toujours très court et très sommaire. A cela, il y a un double motif. Le premier, c'est qu'on a voulu que chaque feuille de la Carte archéologique et le texte qui y correspond pussent être faC. I. L.ement emportés en voyage par quiconque entreprendrait d'explorer tel ou tel canton de la Tunisie : ce texte est seulement, pour ainsi dire, la légende archéologique de la carte ; c'est un guide et un aide-mémoire pour le voyageur et non point un répertoire érudit à l'usage du savant de cabinet. L'autre motif est que la Commission se propose de publier, en même temps que les feuilles de cet Atlas, une description scientifique du pays aussi complète que possible. C'est dans cet ouvrage de longue haleine que seront abordés tous les problèmes d'archéologie africaine, avec les développements critiques qu'ils comportent.

Ainsi conçu, l'Atlas archéologique de la Tunisie paraîtra, nous l'espérons, d'une véritable utilité pratique ; il sera, ce semble, à la portée d'un public nombreux, et il rendra des services, non seulement aux archéologues de profession, mais à tous ceux qu'intéressent, dans une mesure quelconque, le passé d'un pays aujourd'hui nôtre et les vestiges si abondants de son antique prospérité​