Le corps entre sacré et profane : la réforme des pratiques pèlerines en Égypte (xixe-xxe siècles)

Mayeur-Jaouen, Catherine > Auteur



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Sources de contenuRevue des mondes musulmans et de la Méditerranée (REMMM)
AuteurMayeur-Jaouen, Catherine > Auteur
Numero du périodique113-114
Année2006
eFormattext/html
LanguesFrançais
NoteLes pèlerinages annuels aux tombes des saints, les mouleds, sont l’un des phénomènes saillants de la culture religieuse égyptienne, aussi bien pour les coptes que pour les musulmans. Nés à la fin de l’époque mamelouke, les mouleds n’ont été décrits soigneusement que par leurs détracteurs, notamment les réformistes musulmans de la fin du xixe siècle et de l’entre-deux-guerres, ou par les voyageurs européens du xixe siècle, épris de pittoresque et de scandale. Tous s’entendent pour relever ou dénoncer l’exaltation du corps qu’entraînent les mouleds, et pour relever le “mélange de sacré et de profane” qui caractérise ces fêtes et où le corps est le véhicule principal du sacré. Ce qui choque, c’est de voir les pèlerins associer les dévotions à la danse, les prières à la fête foraine, l’élan vers Dieu à la pantomime obscène, le pèlerinage aux satisfactions du corps dans ses besoins les plus triviaux, le miracle à la prostitution.Les efforts conjugués de l’État égyptien et des clercs musulmans réformistes se sont donc employés, depuis la fin du xixe siècle, à “spiritualiser” les pèlerinages. Les tenants du Renouveau copte, plus récemment mais encore plus efficacement, se sont joints aux musulmans pour “épurer” les mouleds. Chez les coptes comme chez les musulmans, distinguer profane et sacré revient à séparer corps et âme. Le refus de la culture folklorique où s’ancraient les usages pèlerins du corps est devenu le discours officiel : il renvoie à une conception sécularisée du sacré où le corps n’a plus sa place.;The annual festivals to the shrines of the saints – the “mouleds” – are among the main features of the Egyptian popular religion, for the Copts and for the Muslims as well. These mouleds began at the end of the Mamluk period and were carefully described by those who criticezed them, the muslim reformers at the end of the 19th century and at the beginning of the 20th century. The European travellers were pleased to describe these popular festivals, with this typical mixture of religious medieval tradition and scandal. All agree on denouncing the exhibition of the body which characterizes these mouleds : the body is the main vehicle for sacred rituals. What disturbs the reformers and travellers is that the pilgrims associate devotion with dance, prayer with the merry-go-rounds, the Divine with the obscene pantomime, and miracles with prostitution.Since the end of the nineteenth century, the Egyptian state and the muslim clerks have joined their efforts to spiritualize the muslim pilgrimages. So had the Coptic Revival did, for Coptic pilgrimages, more recently. This recent distinction between sacred and profane means to separate body and soul. The negation of popular culture has become the mainstream religion : there is no longer a place for the body in this new conception of the sacred.
Mots-clésPratiques pèlerines, Profane
Domaines d'intérêtCorps, Sacré (Le), Pèlerinage, Réforme
Couverture chronologiqueXIXe siècle, XXe siècle
Gestion des droits© Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée
URLhttp://remmm.revues.org/2989
Permalienhttp://cinumed.mmsh.univ-aix.fr/idurl/1/37049


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